Episode #43 - Echapper à la fatigue managériale

Bonjour à toutes et à tous,

Les Galères du Management reviennent pour un premier épisode 2026, sur un thème peu réjouissant : la fatigue managériale.

Les différentes études, en France et à l’étranger, donnent le sentiment que le métier de manager est l’enfer sur terre.

Selon plusieurs études APEC (ici et ) :

  • 58 % des managers disent ainsi parfois ressentir un sentiment de stress intense dans leur travail

  • 76 % pensent souvent (ou toujours !) au travail en dehors des horaires de travail

  • 47 % des managers estiment que les problèmes de santé mentale de leurs équipes ont un impact négatif sur leur propre santé mentale

Sans surprise, l’attrait pour le rôle de manager ne cesse de baisser. La part des cadres non-managers qui aspire à un rôle de manager est descendue à 34 % en 2025 (-8 % par rapport à 2022).

Là, chère lectrice ou cher lecteur, si vous êtes manager, il vous reste deux options.

Option 1. Vous mettre immédiatement en recherche d’une ferme, dans le Larzac, pour élever des chèvres.

 
Chèvre du Larzac
 

Option 2. Lire cet épisode !

On espère que vous ferez le bon choix.

Bonne lecture (enfin on espère) !


Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez aussi :

Chez Onirio, nous animons également des ateliers “Galères du Management” chez nos clients.

❤️ Le format plébiscité : une série d’ateliers, sur plusieurs mois, avec un même groupe de managers, sur les thématiques de leur choix !

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🛶 La galère du jour : Comment éviter de s’épuiser dans son rôle de manager ?

Le sac à dos de Sophie, manager depuis 4 ans, est bien rempli : elle a la pression des résultats, elle gère les urgences opérationnelles et RH à longueur de journée.

Sophie soutient ses équipes. Elle les écoute. Elle les rassure, même quand elle-même n'est pas si rassurée. Beaucoup (trop) de choses reposent sur elle.

Sophie a l'impression de ne jamais pouvoir décrocher, sans quoi, rien n'avance ! Elle sent qu’elle tire parfois sur la corde…

Comment se sortir de cette spirale négative ?


⚠️ Préambule : tout n’est pas à la main du manager !

Dans la littérature managériale, le manager (ou le leader) est un ou une super(wo)man, qui donne du sens à ses équipes, les protège de la pression, leur donne les moyens de bien travailler, contribue au développement de leurs compétences, et se soucie du bien-être et de la santé mentale de chacun.

Tout ça en atteignant, évidemment, les objectifs de performance, toujours plus élevés, qui sont fixés par le top management.

Cette liste des attendus managériaux, pourtant non exhaustive, devrait nous conduire à la question : qui s’assure que les managers ont les moyens d’assurer correctement leur mission ?

Votre propre manager, et plus largement l’organisation, a sa part de responsabilité pour vous accompagner, et vous donner les moyens de réussir.

Tout ne repose pas intégralement sur vous ! Et si c’est le cas, c’est un problème.

Ce propos liminaire étant posé, nous partageons, dans la suite de cet article, quelques bonnes pratiques pour se préserver.

Mais commençons par les boulettes à éviter. Car oui, même si tout n’est pas à votre main, vous pouvez assurément vous pourrir vous-même la vie.


 ⛔ Attention aux boulettes !

Si Sophie veut être CERTAINE que son quotidien de manager devienne encore plus un enfer d’ici 6 mois, voici le plan d'action idéal :

  • Dire oui à toutes les lubies de son chef : “C’est un ordre, ça ne se discute pas.”

 
 
  • Imposer à son équipe que la moindre décision passe par sa validation : “Je veux être en copie de tous les échanges, et revoir toutes les communications envoyées au client”

  • Bloquer un créneau de travail tous les soirs de 22h à 1h du matin, week-end et vacances compris : “C’est plus calme, je ne suis pas dérangée” 🙂

  • Serrer les dents jusqu’à la fin de ce gros projet, en pensant (naïvement) que la situation va s’améliorer après : “Tout devrait se calmer d’ici quelques semaines.” Spoiler : Non, cela ne se calme jamais !

  • Imposer son rythme à toute l’équipe : “Je sais qu’il est vendredi soir mais j’ai besoin de ce dossier pour lundi 9h. C’est jouable pour toi ? T’inquiète, ça ne sera pas long !”


💡 Que faire pour sortir de cette spirale négative ?

Voici quelques pistes d’action plus raisonnables que Sophie pourrait activer.

1️⃣ Prendre du recul sur ce qui vous motive vraiment

On vous a déjà parlé des Moving Motivators dans plusieurs épisodes :

💡Rappel : Le jeu des “Moving Motivators”, introduit par Jurgen Appelo dans Management 3.0, est un outil permettant d’explorer les leviers de motivation d’une personne.

 
 

Cet outil peut être utilisé avec son équipe, en individuel ou en collectif.

Avec les Moving Motivators, Sophie peut prendre du recul sur sa situation et sur les conséquences sur sa propre motivation.

Comment faire ?

  • Imprimer les 10 cartes Moving Motivators (si vous souhaitez une version imprimable, contactez-nous !)

  • Classer les 10 leviers de motivation, du plus important au moins important pour soi

  • Réfléchir à sa situation actuelle sur chaque levier de motivation : est-ce que mon job a un impact positif, négatif ou neutre ?

  • Chercher des actions concrètes pour (ré)activer les leviers de motivation principaux (votre top 5).

 
 

Cartes vers le haut si l’impact est positif, vers le bas si l’impact est négatif

Exemple : Si le levier principal de Sophie est la Curiosité, mais qu’elle est noyée sous les tâches administratives répétitives, elle peut bloquer des temps dédiés dans son agenda pour se former, participer à des salons, lire des publications scientifiques sur son domaine…

Comprendre ce qui vous motive vous permettra de piloter votre énergie, et pas uniquement votre temps. Et ça, ça change tout !

2️⃣ Repenser ses mécanismes de délégation avec le Delegation Poker

La délégation est le serpent de mer des conseils donnés aux managers.

Il est évident qu’un manager doit arrêter de faire à la place de son équipe et apprendre à faire faire. Et plus une personne monte dans la hiérarchie, plus sa capacité à déléguer est déterminante.

Le manager de Sophie n’arrête pas de lui dire : “Sophie, tu ne peux pas tout faire. Tu dois DELEGUER !”

Son manager, pourtant expert dans le refilage de patate chaude, ne lui a pas expliqué que la délégation n’est pas binaire (tout contrôler ou tout déléguer).

Il existe plusieurs nuances de délégation, et c’est justement l’objectif du Delegation Poker, un autre jeu de cartes introduit par Jürgen Appelo (encore lui !).

Le Delegation Poker est un ensemble de cartes qui représente différents niveaux de délégation de responsabilités.

Il y en a 7 !

  • Niveaux 1 à 3 : le manager décide, en associant plus ou moins son équipe à la décision

  • Niveau 4 : la décision est collective (et l’avis du manager n’est pas plus important que celui des autres)

  • Niveau 5 à 7 : le manager délègue le pouvoir de décision, en étant plus ou moins associé au choix, et respecte la décision de son équipe (même s’il n’est pas d’accord) !

 
 

Comment faire pour se réaligner sur les niveaux de délégation en équipe ?

Le Delegation Poker permet au manager et à son équipe de clarifier les niveaux de délégation par rapport à des tâches et décisions précises :

  • Déterminer les situations pour lesquelles vous souhaitez vous aligner sur le niveau de délégation

  • Pour chaque situation, les participants indiquent le niveau de délégation actuel avec les cartes et échangent sur leurs perceptions (moins fun que le vrai Poker mais très utile 😉)

  • Les participants indiquent le niveau de délégation souhaité en cible en expliquant leurs choix

  • Le groupe s’accorde sur le niveau de délégation cible et sur les conditions de mise en œuvre

Exemple :

Aujourd’hui, tous les jours, Sophie détermine les priorités de chaque membre de l’équipe et leur assigne les dossiers qu’ils doivent traiter.

Elle est dans le mode de délégation 1 (Elle décide et leur annonce le planning du jour). C’est beaucoup de travail pour elle, et ses décisions suscitent parfois des contestations. Elle se retrouve à se justifier en permanence.

Collectivement, l’équipe décide que la répartition des tâches serait à la main des collaborateurs eux-mêmes. Une personne est nommée responsable du planning, et aura la responsabilité de consulter les membres de l’équipe pour faire le dispatch des tâches. Sophie quant à elle est simplement informée de la décision (Niveau de délégation 6).

Sophie a gagné plusieurs heures par semaine. Et l’équipe gère très bien le planning sans elle !

Remettre de la clarté dans les mécanismes de délégation apporte des bénéfices pour tout le monde :

  • Le manager peut identifier les sujets stratégiques sur lesquels il souhaite garder le pouvoir de décision (ex. recrutement, organisation de l’équipe…) et les sujets sur lesquels il laisse l’autonomie à l’équipe ;

  • L’équipe connaît le périmètre de responsabilité de chacun, et gagne en autonomie.

 
 

3️⃣ Prendre (vraiment) soin de soi

Sophie, comme nous tous, connaît la chanson.

Pour être en forme, elle sait qu’il est important de s’accorder de vraies pauses, de marcher plus de 10 000 pas et de manger 5 fruits et légumes par jour, et de bien dormir !

Mais rien n’y fait, elle ne parvient pas à appliquer ces précieux conseils. Peut-être devrait-elle profiter des cours de Yoga gratuits que son entreprise a la gentillesse de proposer ?

Yoga, alimentation saine, sommeil, activité sportive, déconnexion le soir et week-end sont évidemment des actions importantes pour tenir le choc.

Cependant, pour prendre (réellement) soin de soi, il reste un sujet auquel s’attaquer sérieusement : sa charge de travail.

Nous avions donné des clés pour gérer la charge de son équipe dans l’épisode #29 que Sophie pourrait appliquer à elle-même. On lui envoie le lien !

Nous lui recommandons deux actions complémentaires :

1 - Bloquer des temps pour elle dans son agenda (et les protéger à tout prix)

Tout manager a besoin de préserver du temps pour soi, afin de réfléchir, d’avancer des sujets de fond, ou tout simplement de se reposer.

C’est bien joli mais si Sophie bloque 4 ou 8 heures par semaine, cela ne va pas lui permettre de traiter toutes ses autres tâches.

Cyril Northcote Parkinson a énoncé une loi, la loi de Parkinson, qui devrait vous rassurer :

Le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement

Autrement dit, si vous ne vous accordez pas du temps pour vous, les tâches quotidiennes occuperont l’intégralité de votre temps disponible.

2 - Oser dire non

Certaines personnes y parviennent sans difficultés (voire trop facilement).

Pour d’autres, comme Sophie, dire non, en particulier quand la demande vient de son management, est un exercice difficile, mais pourtant indispensable.

C’est un moyen de préserver sa charge de travail (et celle de son équipe). Cela permet de poser ses limites auprès de son manager. On ne le répète jamais assez : manager son manager est une compétence clé ! 😉

Pour dire non, Sophie devra faire preuve d’assertivité (définition : se dit du comportement d'une personne capable de s'affirmer tout en respectant les autres).

Cela tombe bien, l’assertivité se travaille.

En bonus, nous recommandons à Sophie la lecture des Accords toltèques de Don Miguel Ruiz, dont nous avions parlé dans cet épisode.

Le 4e accord Toltèque est intéressant à garder en tête : toujours faire de votre mieux !

Ce n’est pas une incantation à être le manager parfait, mais à prendre conscience que l’important est de tenir son rôle du mieux possible, avec nos ressources disponibles sur le moment.

Notre “mieux” varie tout le temps. Et c’est ok !


🌟 Osez demander de l’aide : c’est normal !

Nous revenons sur le propos liminaire : votre situation de surcharge n’est pas uniquement de votre responsabilité.

C’est aussi (et surtout) le problème et la responsabilité de votre entreprise.

Rappelons l’article L. 4121-1 du Code du travail :

L’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés.

En tant que manager, vous avez la responsabilité de veiller à la sécurité et la santé de votre équipe. C’est votre job !

Mais c’est le rôle de votre management de veiller sur vous. Alors, osez demander de l’aide à votre manager, aux RH, à la médecine du travail. C’est leur job !


À bientôt pour le prochain épisode !

A chaque épisode, Onirio explore une situation managériale et vous donne des conseils pour prendre du recul et adopter les bons réflexes !

Pour retrouver tous les épisodes déjà publiés, c’est par ici !

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Cette galère du management explorée avec 💙 par Onirio vous a été racontée par Jérôme Labastie

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